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Marché du Théâtre, Ittre 23-24 août 2003. Prix Marie-josé Laloy.
Théâtre et citoyenneté.

Je vous assure qu’il est aussi agréable de remettre un prix que d’en recevoir .D’autant que j’ai l’honneur d’inaugurer ce nouveau prix destiné a promouvoir l’engagement citoyen du théâtre. Il s’agit donc d’une première. Et comme dans toutes les premières, nous avons du bousculer la procédure normale d’un concours. L’important c’est de marquer l’événement. La qualité des artistes nominés inscrira ce prix dans la durée. C’est dire que le choix de l’artiste Pie Tshibanda est de bon augure. Il correspond à la conception du théâtre que nous voulons encourager, proche des inquiétudes et des espoirs du public.
Son fou noir au pays des blancs a connu un succès que l’on sait. L’ironie et la dérision y sont la politesse des petites humiliations si nombreuses qui parsèment le quotidien de l’émigré.
Homme du Kasaï, Pie a vécu à Kolwezi, au Katanga, avant d’être désigné avec sa communauté comme boucs émissaires des malheurs économiques du pays. L’épuration ethnique menace. Sa sécurité passait par l’exil ou il arrive en Belgique en 1995. Chez nous, il apprend la règle tacite qui préside trop souvent la relation entre noir et blancs : le noir est suspect. << En Europe, tu n’as pas droit à l’erreur, écrit-il. Un noir n’oublie pas, il ne se trompe pas, il n’égare pas, ...il triche. >>
Ce citoyen du Brabant wallon -il habite a Court Saint Etienne- est aussi un citoyen du monde, par sa sensibilité aux souffrances de la condition humaine. Il se veut d’ailleurs aussi la voix des sans voix et donne des mots aux souffrances de l’exil. Mais Pie sait que l’émigration c’est également aller à la rencontre de l’autre.

Je pense à ce personnage des Dialogues d’exilés de Brecht défendant la condition des déracinés : << Pourtant, on dit toujours qu’il faut être enraciné quelque part. Je suis convaincu que les seuls êtres qui aient des racines, les arbres, préféreraient ne pas en avoir. Ils pourraient alors prendre l’avion eux aussi>>. Nous connaissons la sagesse des fous. Celui que nous saluons aujourd’hui a eu le mérite de bousculer l’échiquier de nos certitudes. Il a su lever les méfiances et susciter une réelle sympathie parmi un large public qui se trouve dans le portrait en trompe-l’œil que Pie dresse du Fou Noir.

Lorsque le théâtre représente avec une telle finesse les réalités de l’exil et rend possible un dialogue entre les cultures, l’artiste a rempli sa mission.
Pie Tshibanda est de ceux-la. Je demande qu’on l’applaudisse très fort.

Marie-José LALOY sénatrice